Suite et fin de la table ronde

Effets des conduites post-sevrage sur les performances et la santé des lapereaux

La conduite d'élevage

Dans cette partie de la table ronde, 4 témoignages ont été présentés. Ils concernent

  • un exemple de protocole de vérification de la qualité du nettoyage et de la désinfection des bâtiments cunicoles,
  • l'intérêt du suivi régulier de la consommation d'eau pour intervenir rapidement et ainsi réduire les risques sanitaires,
  • l'utilité de la mise en place de lapins "sentinelles" suivis de très près pour estimer l'état de la bande en engraissement
  • et enfin un exemple de bonnes pratiques de sevrage visant à optimiser les performances d'engraissement.

 

Le premier témoignage présenté par J. Dallé (CIAB) a permis de décrire la "Contrat qualité élevage" proposé par la coopérative vendéenne à ses membres. Il s'agit en fait d'un ensemble de mesures préventives qui visent au maintien d'un élevage de lapins en bon état sanitaire. Ces mesures se déclinent en 3 groupes : la structure sanitaire de l'élevage lui même, un protocole précis de nettoyage et de désinfection des bâtiments d'élevages et enfin une série de contrôles de l'efficacité de la désinfection.

La structure sanitaire de l'élevage doit comprendre au moins :

  • un contrat de dératisation
  • une aire de lavage et une aire d’embarquement des lapins vers l'abattoir
  • un stockage des cadavres avant leur enlèvement
  • des abords entretenus
  • des soubassements de mur lisses à l'intérieur du bâtiment
  • des fonds de fosses bétonnés pour pouvoir les désinfecter
  • un aménagement du sas d’entrée avec une partie "propre" et une partie "sale"
  • un silo spécifique pour l'aliment blanc

Le nettoyage et la désinfection doivent être faits avec des moyens puissants et adaptés à l'élevage cunicole. Il s'agit en effet de nettoyer et désinfecter non seulement les cages, et le matériel d'élevage, mais aussi le bâtiment dans lequel sont placées les cages. Une attention particulière est aussi apportée à la désinfection du circuit de distribution d'eau.

 

Quelques heures avant l'introduction des lapins dans le bâtiment, l'équipe de la CIAB, dans le cas des élevages de cette coopérative, effectue une série de contrôles bactériologiques. Ceux-ci visent à connaître le niveau de contamination résiduel en estimant la flore total et les streptocoques fécaux grâce à des prélèvements effectués en 16 points précis du local + un contrôle de la qualité bactériologique de l'eau prise en bout de rampe de distribution.

Si les résultats des contrôles ne sont pas pleinement satisfaisants (11% des cas pour la désinfection, 16% des cas pour les canalisations à la CIAB) les protocoles de nettoyage et de désinfection sont revus : modalités, nature des produits, ... de manière à ramener la situation à la normale.

En 2005 environ 70% des éleveurs de la CIAB adhéraient au "contrat qualité élevage", contre 20% en 2000. Un taux de 80-85% devrait être atteint en 2006.

Au cours de la discussion qui suivi ce témoignage, la question a été posée d'un "excès" de précautions chez certains éleveurs. La réponse a été que cela n'a jamais été vu lors des contrôles et qu'on ne nettoie et désinfecte jamais à fond. Les taux de contamination (cages, parois, ...) jugés "acceptables" dans le cas des élevages cunicoles a d'ailleurs dû être fixé à la CIAB à un niveau un peu moins rigoureux que dans les élevages de volailles, puisqu'à l'impossible nul n'est tenu. Un regret important a été enfin exprimé par rapport à ce témoignage : si la méthode a été bien décrite dans bref laps de temps imparti, la relation "qualité de désinfection" - "mortalité dans l'élevage " n'a pas été établie (travail à faire).

 

Dans le second témoignage , PA Wacquez (Sanders) a montré comment la mesure et le contrôle de la consommation d'eau d'une bande en engraissement permettent de réduire les risques sanitaires. En effet la majorité des troubles digestifs, ceux liés à l'EEL en particulier, s'observent à la suite d'une période de relative surconsommation d'aliment et d'eau par les lapins. Une mesure quotidienne de la consommation d'eau de ces derniers permet de voir apparaître de telles périodes de surconsommation dès les premières 24 heures et d'intervenir pendant qu'il est encore temps.
Une réduction immédiate du temps d'abreuvement permet d'enrayer cette surconsommation d'eau et par voie de conséquence celle de l'aliment et donc d'obtenir une faible incidence des troubles digestifs. Dans l'exemple ci-contre, les à-coups de consommation d'eau sont associés à des périodes de plus forte mortalité. Une restriction plus forte de la consommation d'eau comme par exemple vers 66-68 jours (flèche) a permis d'arrêter en 2 jours la tendance à l'accroissement anormal de la mortalité observé au même moment. L'objectif est d'obtenir pour la consommation d'eau une courbe à évolution régulière, en progression lente.

L'exemple fourni dans ce témoignage est une illustration de la conduite de la restriction alimentaire par voie hydrique. Il convient d'avoir un plan d'évolution du niveau de rationnement , mais de l'adapter à la situation réelle de chaque bande.

 

Dans le troisième témoignage de cette dernière partie de la table ronde L. Mirabito (ITAVI) a donné quelques exemples de comportement alimentaire des lapins atteints de troubles digestifs, en particulier d'EEL. Si c'est un pléonasme de dire que les lapins morts ne mangent pas, il n'est pas toujours aisé de savoir combien de temps avant de mourir un lapin a cessé de consommer. Il est relativement important de la savoir, car en cas de rationnement alimentaire, si on alloue quotidiennement une certaine quantité d'aliment à un lapin mourant, ce sont les autres lapins de la cage qui consomment cette quantité "disponible", et cela peut être suffisant pour qu'ils ne soient plus rationnés et donc à leur tour en danger.
Les observations faites par L. Mirabito chez les lapins en cages individuelles dans un élevage atteint d'EEL ont permis de constater que certains lapins cessent de manger 1 à 2 jours avant de mourir mais d'autres peuvent rester "vivants" (cachectiques) sans manger 5 à 7 jours avant de mourir. En moyenne il a estimé que les lapins atteints d'EEL cessent de consommer 5,3 jours avant de mourir. Toutefois l'analyse des consommations quotidiennes montre aussi que certains lapins tombent malades, cessent totalement de manger puis reprennent une consommation et une croissance à peu près normales, ce qui ne simplifie pas l'interprétation.

Une chute brutale de la consommation alimentaire est un des premiers signes indiquant l'apparition d'un trouble digestif et le développement éventuel d'EEL qui sera ou non mortel. Pour que l'éleveur puisse intervenir à temps, L. Mirabito conseille de placer dans la cellule d'élevage des lapins "sentinelles" en cages individuelle, par exemple une vingtaine pour un groupe de 400 lapins en engraissement. Ces lapins sont suivis de près. Cela permet par exemple de déceler les périodes de surconsommation qui précèdent la chute de consommation (voir témoignage précédent) et le développement des troubles digestifs. Il est alors temps d'ajuster le plan de rationnement de l'ensemble de la bande.

 

Ce témoignage a montré que des méthodes de suivi des lapins en engraissement, ou du moins d'une partie d'entre eux sont disponibles. Elles peuvent fournir à l'éleveur un système d'alerte lui permettant d'intervenir à temps pour prévenir les troubles digestifs. Les travaux sur ce volet particulier du comportement alimentaire sont toujours en cours à l'ITAVI.
 

Dans le quatrième et dernier témoignage de cette dernière partie de la table ronde, P. Dupont (Poitou Lapins) a présenté un certain nombre de règles de bonne conduite du sevrage conseillées par ce groupement de producteurs pour optimiser les performances d'engraissement chez ses adhérents. Ces règles s'organisent autour de 3 points et ont pour objectif de réduire autant que faire se peut les sources de stress pour assurer un bon démarrageà la bande d'engraissement. [NDLR : ces règles correspondent à l'utilisation de cellules d'engraissement et de maternité spécialisées. Elles doivent être en partie modifiées dans le cas d'élevages en cages mixtes en système "tout plein - tout vide" où c'est la mère qui quitte la cage au sevrage]

 

1 - L'ÂGE au SEVRAGE : ni trop tôt ni trop tard
Cet âge dépend pour partie des conditions d'enlèvement du lot d'engraissement précédent.
- Il ne faudrait pas sevrer avant 32 jours pour permettre à la flore digestive des lapereaux de se développer suffisamment
- Il ne faudrait pas sevrer après 35 jours pour éviter une fatigue trop importante aux femelles et laisser le temps de préparer correctement la salle de maternité pour les mises bas suivantes.

 

2 - PRÉPARATION de la CELLULE d'ENGRAISSEMENT : une opération importante.
- Nettoyer le bâtiment
- Une fois le bâtiment propre, assurer une désinfection (thermonébulisation, ...) et un traitement insecticide.
- Décaper les canalisations d'eau, les nettoyer, les désinfecter et ne pas oublier de rincer.
- Mise à température du bâtiment : 24 heures avant l'introduction des animaux le bâtiment doit être chauffé et ventilé de manière d'une part à évacuer l'humidité résiduelles des opérations de nettoyage-désinfection et d'autre part pour amener la salle d'engraissement à une température similaire à celle de la cellule de maternité que quittent les lapereaux
.
- Vérifier le bon fonctionnement des pipettes, de l'alimentation automatique si c'est le cas et de la ventilation
- Étalonner la ventilation de manière à pouvoir moduler chaque semaine la ventilation en fonction de la charge animale de la cellule (poids réel de l'ensemble des lapins présents).

 

3 - DÉMARRAGE du LOT d'ENGRAISSEMENT
- Tri des lapereaux : Rassembler les animaux en fonction de leur poids, les gros ensemble et les petits ensemble. Mettre les lapereaux de première portée ensemble et les regrouper au même endroit dans le bâtiment pour permettre une surveillance plus attentive..

- Respecter les densités animales (lapins par m² de sol de cage) en fonction du poids prévu en fin d'engraissement, juste avant le départ pour l'abattoir.
- Pesée des lapereaux : Faire une pesée de 2 à 3% des lapins du lot (par cage et avec une répartition en plusieurs points dans le bâtiment). Si possible éviter de prendre des lapereaux de la première portée. L'échantillon ainsi obte
nu doit être pesé toutes les semaines pour suivre la vitesse de croissance et adapter le rationnement en conséquence.
- Contrôle de consommation et rationnement : Pour éviter la boulimie, on peut commencer le rationnement dés le sevrage (70 à 80 g/jour et /lapin). Cela permet aussi de surveiller le démarrage de consommation des animaux. On adaptera ensuite les quantités à donner en fonction des pesées hebdomadaires de l'échantillon des lapereaux choisis au sevrage. Le rationnement sera aussi adapté en fonction du comportement du lot avant le sevrage.
- Contrôle de la consommation et de la qualité de l'eau : Il est important de noter tous les jours la consommation d'eau. Cela peut être un indicateur du comportement du lot. Vérifier régulièrement la qualité de l'eau (pH, impuretés). Il faut être sûr de donner une eau potable en permanence aux animaux.

 

Conclusion des règles de sevrage : De bonnes conditions de sevrages sont essentielles pour assurer un bon démarrage de lot.
Quand on connaît l'incidence économique d'un lot mal démarré (mortalité importante, mauvais indice de consommation, manque de poids, saisies etc.…) il serait très regrettable de passer à côté de ces points essentiels, faciles à mettre en œuvre.


De la discussion qui a suivi ressort l'importance qu'il y a à prévoir à temps le sevrage et à avoir un liste d'opérations à réaliser, adaptée à sa propre situation.

 

Dans sa conclusion rapide de la table ronde, après avoir remercié tous les participants, ceux qui ont témoigné comme ceux qui sont intervenus dans la salle, la Présidente de l'ASFC, Ch. Davoust, a souligné que la composante alimentaire (composition, mode de distribution, ...) est très importante pour maintenir un bon état sanitaire en engraissement. Dans ce domaine, toutes les pistes n'ont certainement pas encore été explorées. Cet état sanitaire est aussi sous la dépendance de la qualité du nettoyage et de la désinfection des locaux d'élevage. Le "tout vide - tout plein" est certainement la technique qui permet le mieux aujourd'hui de respecter les animaux et leur santé, d'effectuer efficacement les nettoyages-désinfections nécessaires et finalement d'assurer des performances économiquement intéressantes pour l'éleveur. Certains facteurs comme la génétique ou le rôle de l'éleveur n'ont pas été abordés, mais ce n'est que partie remise pour une prochaine table ronde autour des techniques d'élevage du lapin.

 

les autres parties de la Table ronde

                                     L'aliment (composition, produits ajoutés, ...),
                                     Le sevrage
(plus ou moins précoce),
                                     Le bâtiment et le matériel
(gestion du rationnement, tout vide tout plein, type d'habitat) et
                                     La conduite d'élevage (comportement des animaux et bonnes pratiques)
.

 

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