Association Scientifique Française de Cuniculture

Table ronde-Séance d'actualité 2009
organisée pendant les Journées de la Recherche Cunicole

Comment réduire les coûts de production ?

 

Réduction des coûts par la voie génétique

Deux témoignages ont été présentés dans cette rubrique. Ils ont ensuite été discutés ensemble

           1 - Les orientations prises pour réduire les coûts de production, présentées par E. Fournier (Eurolap)
         2 - Progrès génétique et réduction des coûts de production, par J.J. David (Grimaud Frères Sélection)
         3 - Discussion à propos de ces deux témoignages

 

 1 - Les orientations prises pour réduire les coûts de production
« La génétique est un moyen de sécuriser le sanitaire en production et ainsi d’optimiser les marges :
        - par réduction des coûts sanitaires et alimentaires
        - par une augmentation du produit du fait d’une meilleure expression du potentiel génétique »

E. Fournier lor de son témoignage

 

Il y a quelques années encore les producteurs demandaient aux sélectionneurs de la génétique avec des garanties sanitaires. Maintenant, ils demandent de plus en plus du sanitaire avec des garanties génétiques.

Pour améliorer la rentabilité des élevages les généticiens peuvent jouer sur la sélection de critères d'intérêt qui seront transmis par la voie femelle comme par la voie mâle.

 

La voie femelle : au cours des années récentes les principales amélioration ont porté sur

  • Une augmentation de la prolificité des lapines parentales: la taille de portée s'accroît d'environ 0,15 à 0,17 nés vivants par année de sélection
  • Une homogénéité plus forte des tailles de portées à la naissance, ce qui accroît sensiblement la viabilité des lapereaux sous la mère
  • Un accroissement du poids moyen des lapereaux au sevrage, ce qui accroît leur viabilité pendant l'engraissement. Le gain actuel est de 30 à 35 g par année
  • Une réduction des pertes entre la naissance et le sevrage (meilleure production laitière et meilleur comportement d'allaitement des lapines)
La voie mâle : au cours des années récentes les principales améliorations ont porté sur
  • Une amélioration du poids d'abattage à âge type, ce qui se traduit par une réduction de 0,5 à 0,6 jours de l'âge d'abattage à poids fixe par année de sélection.
  • Une plus grande homogénéité du poids des lapins à l'abattage, ce qui réduit le nombre de lapins déclassés ou éliminés car trop petits
  • Une amélioration de l'efficacité alimentaire en engraissement, ce qui se traduit par une réduction de la quantité d'aliment nécessaire pour conduire un lapin du sevrage au poids d'abattage.
  • Une amélioration génétique du rendement à l'abattage malgré la faible variabilité de ce critère, en utilisant sa forte héritabilité (h²=0,40)
  • Une amélioration de la viabilité des lapins entre le sevrage et l'abattage.
Ces améliorations génétiques ne peuvent valablement profiter aux éleveurs qu'à la condition que simultanément aux progrès génétique soient faits des progrès au plan sanitaire et de la biosécurité des élevages. Ceci passe par l'amélioration de ::
  • la qualité des femelles et du renouvellement
  • la maîtrise du milieu (ventilation, alimentation, eau…)
  • la biosécurité (contrôles des accès, hygiène, matériel …)
Le schéma ci-dessous montre comment une amélioration progressive des conditions hygiéniques d'un élevage doit permettre de le faire passer en dessous du seuil de pression sanitaire (nombre bactéries pas cm3 d'air ou par cm2 de surface, ...) sous lequel les germes pathogènes inévitablement présents n'ont pas des conséquences pratiques sur la santé des lapins et l'économie de l'élevage.
2 - Progrès génétique et réduction des coûts de production
J.J. David lors de son témoignage
Les apports du sélectionneur vis à vis de l'éleveur portent principalement sur
    - la productivité numérique et ses gardes fous
    - la maîtrise du sanitaire
    - la croissance et le pilotage de l’ingéré

Pour les Ets Grimaud les objectifs à moyen terme sont de

  • sevrer dix lapereaux / portée. Les résultats encourageants actuels montrent que cet objectif est possible à atteindre dans un délai raisonnable
  • réduire l’âge d’abattage à moins de 100 jours post IA, sans modification du poids à l'abattage, ni altération de la qualité du produit. Les progrès actuels sont de l'ordre de +30 g par année de sélection pour un abattage à âge constant
  • contribuer à l’amélioration des performances sanitaires tant en maternité qu'en engraissement
  • A ce travail il faut ajouter la contribution à l'élaboration de la carte génétique du lapin et la contribution à l'étude collective des possibilités de sélection vis à vis de certaines maladies comme la pasteurellose.

Les sélectionneurs doivent apporter des réponses aux problèmes d'élevage à la fois applicables immédiatement, pérennes, compétitives au plan économique et permettant de répondre correctement aux demandes des consommateurs.

Au plan génétique il y a une amélioration continue (progrès génétique) pour les paramètres principaux suivants

  • le nombre de nés vivants
  • l'homogénéité du poids à la naissance
  • le nombre de lapereaux sevrés par MB et le poids moyen individuel au sevrage
  • le poids et le rendement à l’abattage
  • l'indice de consommation

Cette amélioration vise aussi à fournir plus de souplesse pour mieux gérer la phase du sevrage et de l’enlèvement final, dans l'intérêt de l’éleveur comme de l’abattoir. Elle a aussi pour objectif d'améliorer l'efficacité économique des élevages qui passe par une plus forte production par insémination (kg / IA) et un plus faible indice de consommation d'élevage (meilleure valorisation des aliments achetés).

 

Les différent choix de sélection ont un impact économique immédiat.

Par exemple une augmentation par la voie femelle de 1 lapereau par portée se traduit par une réduction de 0,13 point de l'IC global d'élevage et une augmentation de + 1,9 kg de lapin vif produit par IA à poids de vente équivalent.

De la même manière, une augmentation de la vitesse de croissance par la voie mâle permettant de réduire de 2 jours l'âge d'abattage à poids vif constant, se traduit par une amélioration de 0,13 point de l'IC global d'élevage.

Comme ils sont obtenus par des voies indépendantes, les différents gains peuvent s'ajouter et l'on peut gagner par exemple 0,25 point d'indice de consommation en sommant les progrès réalisés par la voie femelle et par la voie mâle.

 3 - Discussion à propos de ces deux témoignages

A la question de l'acceptabilité par les consommateurs de lapins de plus en plus jeunes au moment de l'abattage, le représentant de l'un des grands abattoirs français présent dans la salle a répondu qu'il n'y a avait aucun problème de ce côté.

Si l'objectif affiché est de pouvoir abattre des lapins au poids de 2,4 -2,5 kg à l'âge de 63 jours (soit 94 jours après IA) dans les élevages les plus performants, il est par contre évident que tous les environnements ne pourront pas d'atteindre ce type de résultat.

La discussion a ensuite tourné autour du besoin d'études sur la souplesse nécessaire dans le calendrier de production des élevages. En effet la consommation nationale évolue au cours du cycle annuel et les quotas sont mal vécus par les éleveurs. Peut-on par exemple moduler de rythme de production sur l'année en alternant des intervalles entre IA de 35 - 42 et 49 jours par exemple ? Quelle sera la réaction des lapines, ? Faut-il concevoir pour ces rythmes variables une alimentation particulière ? Toutes des questions font heureusement l'objet d'investigation tant au niveau de l'INRA que de l'ITAVI.

CONCLUSION de la SÉANCE d'ACTUALITÉ par Chantal Davoust présidente de l'ASFC

Dans sa conclusion la présidente de l'ASFC a tenu à remercier tant les personnes qui ont bien voulu témoigner que celles qui, dans la salle, sont intervenues pour enrichir le débat.

Des différents échanges, il lui est apparu important de retenir
- qu'il faut mieux considérer les lapines futures reproductrices

- qu'un enrichissement de l'aliment rationné en engraissement peut permettre de réduire les coûts de production
- que les progrès génétiques en cours passent par la voie femelle comme par la voie mâle

- que la réduction de l'âge d'abattage est possible et que c'est un levier important pour réduire les coûts de production
- que la réduction des coûts passe nécessairement par un renforcement du travail sanitaire d'amont (conduite d'élevage, circulation du matériel et des personnes, amélioration de la ventilation, surveillance de la qualité de l'eau de boisson des lapins, ...)
- et qu'enfin il serait illusoire d'espérer une réduction des coûts sans la mise en place d'un suivi technique basé sur le trio : éleveur - technicien - vétérinaire

Dans la situation de crise que traverse actuellement la filière cunicole
pour réduire les coûts de production ou optimiser la productivité, il faut avant tout

« Se poser, prendre du recul,
savoir s’entourer pour prendre les décisions,
et avancer « étape par étape »
pour être là encore demain…! »

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